Les diluviennes
Série de peinture sur toile libre,
2026 / -
Pigmentation minérale et huile sur toile libre.
220 x 220 cm par toiles.
Rien ne possède d’existence fixe ou permanente : tout être n'est qu'un assemblage temporaire d'éléments empruntés au reste du monde, destinés à se rediffuser après disparition. Il suffit de regarder une rivière pour comprendre que son eau ne sera, et n'a jamais été dans une position identique, de seconde en seconde.
Dans De la nature des choses (De rerum natura), le poète latin Lucrèce expliquait déjà l’atomisme : « Rien ne retourne au néant, mais toute chose se dissout en ses éléments. […] Pour qu’une chose naisse, il faut qu’une autre meure. ». Tout ce qui existe naît, se transforme et finit par disparaître.
ll y a plus de 2,5 milliards d’années, le paysage ne se composait probablement que de volcans en éruption, d'orages et d'océans sombres. La vie existait déjà, mais sous d'autres formes, sans arbres ni animaux, enfouie dans un monde minéral. Un humain s'y trouvant aurait eu l'impression d'être sur une planète morte.
Puis est survenue la catastrophe de l'époque : l’apparition de l’oxygène, un poison mortel pour les organismes d'autrefois. Une immense partie des formes de vie primitives a été décimée. Tout ce qui composait la réalité de ce monde a dû muer pour s'adapter ; c’est ainsi que les arbres sont apparus, et de nombreuses déclinaisons du vivant.
L’ambiguïté du désastre réside dans le sublime de ces forces en mouvement et de cette recomposition continuelle : d’une certaine manière, la matière finit toujours par retrouver sa juste place. Du point vue de notre époque, ces éléments qui s’adaptent n’auront de tragique que l’effacement progressif des conditions qui nous en permettent l'observation, et d’exister.
Les explosions d'étoiles ont probablement créé ce que nous connaissons de plus beau, et il est à penser que d'autres explosions à leur tour laisseront se manifester de nouveaux sublimes pour ce qui subsistera. À l’échelle humaine, nous sommes et resterons de la poussière de ces étoiles, des atomes échappés de cataclysmes. L'oxygène, le carbone, l'azote, le calcium : des particules issues de grands événements, forgées au cœur d'astres anciens.
Aujourd'hui a une valeur immense. Et également comprendre toute la fragilité de l'idéal.
En un sens, à travers nos yeux, n'est-ce pas l’univers lui-même qui contemple sa propre transformation.