Exposition “Ici, demain et des poussières”
Brasserie Atlas, 2025
Se guérir du ravage
On m’a toujours expliqué que l’épiphanie est la compréhension soudaine de l’essence ou de la signification de quelque chose. Mais indicible.
Il n’en reste que les traces d’éventuelles contemplations, une attention essentielle. Dans cette série, la monumentalité impulse une volonté d’inviter la personne qui regarde en participant.e. La peinture se présente, au delà de l’image, comme une proposition d’expérience ouverte.
Se guérir du ravage, c’est aussi le résultat d’une fascination pour l’étroit équilibre des signes de fin, des moments de transition où l’inachevé, les décombres et les vestiges deviennent des points de départ.
Entre fantasme de refuge et les manières d’imaginer des façons de vivre dans un monde usé, en permanente mutation, j’aime l’idée d’une certaine tribulation pour l’immensité, où Marielle Macé nous rappellerait qu’il est possible de “faire face autrement, à ce monde-ci et à ce présent-là, avec leurs sacages, leurs rebuts, mais aussi leurs possibilités d’échappées.”
III
Pigmentation minérale
et huile sur toile libre, 200 x 200 cm
2025
I
Pigmentation minérale
et huile sur toile libre, 200 x 300 cm
2024
II
Pigmentation minérale
et huile sur toile libre, 200 x 200 cm
2025
La réalisation de cette série reposait également sur la fabrication artisanale de pigments destinés à la préparation des peintures. Il m’était essentiel de m’imprégner des couleurs de territoires qui ont nourri, d’une certaine manière, ce sentiment de « lieu refuge ».
Je souhaitais travailler en proximité d'un certain sentiment, vis à vis des sensations que procurent ces espaces, et tenter de m’en approcher en composant avec leurs propres couleurs : un échantillonnage pensé comme une invitation au soin. Il est notamment question d’un intérêt pour la sensation face au paysage, au-delà de sa seule apparence.
De cette manière, une partie des couleurs utilisées provient de matières minérales issues de différents endroits : les Dolomites italiennes, ainsi que leur chaîne montagneuse / les collines et montagnes de la région de Salzbourg, en Autriche / la région de Zaboeira, au Portugal / des briques issues de ruines de chantier, aux origines géographiques variées. Se guérir du ravage est le résultat du glânage de ces couleurs, comme une collecte rituelle, à la manière de talismans. Tous ces lieux portent une richesse fragile, façonnée par leur préservation naturelle, et sans cesse menacée par l’anthropocène contemporain. Entre fascination, hommage et espoir d’échappée, cette série consitue une tentative, à supposer des lignes de fuite et des commencements à rêver face aux ravages.
Vues d’atelier, 2024 et 2025
Transformation de roches en
pigments.
Vue d’atelier, 2025
Exposition “Ici, demain et des poussières”
Brasserie Atlas, 2025